Que font vos enfants sur les réseaux sociaux ?

Vos enfants pianotent toute la journée sur leur smartphone sans que vous sachiez vraiment 
ce qu’ils fabriquent ? Réponse : ils sont sur YouTube et les réseaux sociaux. Voici tout ce qu’il faut savoir pour réussir à les suivre !

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Que font vos enfants sur les réseaux sociaux ? ©ShutterStock

Que font donc nos enfants sur Internet ? Pour l’anthropologue du numérique, l’Américaine danah boyd (NDRL: elle tient aux minuscules dans son nom), ils n’ont pas un comportement éloigné de celui des adultes. En tout cas, ils ne se mettent pas plus en danger que nous. Ils écoutent de la musique, se font des vidéos sur YouTube et bien sûr ils traînent sur les réseaux sociaux. Et sur ces réseaux sociaux, ils viennent chercher ce que nous cherchions également lorsque nous étions ados alors que nous venions tout juste d’avoir le Minitel…

Première chose : les réseaux sociaux sont un espace public où chacun peut retrouver ses amis, ses camarades de classe, ses copains de vacances ou encore ses petits cousins. Instagram, Snapchat, Twitter et consorts ont ainsi remplacé (en partie) les rendez-vous place du marché ou au centre commercial du coin. On s’y retrouve, on essaie de s’y montrer sous son meilleur jour, on y plaisante, on s’y raille.

Et contrairement à une idée reçue, on y préserve sa vie privée. On la préserve surtout du regard intrusif des parents. Il suffit souvent que les parents se mettent à suivre leurs enfants sur Facebook ou Twitter pour que ces derniers se mettent en veille ou désertent carrément ces réseaux sociaux au profit de plates-formes nettement plus générationnelles comme Snapchat. D’ailleurs, Snapchat doit son énorme succès à ses posts éphémères. La première fonctionnalité de Snapchat n’est-elle pas de partager des photos et des vidéos pendant quelques secondes seulement ? Car une fois vues, ces dernières disparaissent. Enfin, presque.

Pour finir, et ce n’est pas rien, les réseaux sociaux permettent de trouver une forme de reconnaissance et d’entre-soi si précieux aux yeux des adolescents. Les « like », les « retweets » et le nombre croissant de « followers » sont perçus comme de plaisantes marques d’attention, voire comme un attribut aussi indispensable qu’une paire de baskets Stan Smith. Reste que ce petit monde a, comme le monde réel, ses codes et son jargon. À vous de les découvrir !

Facebook : le passage obligé

C’est le site le plus fréquenté au monde après Google. Créé en 2004, il compte aujourd’hui 1,5 milliard d’inscrits à travers le monde. En France, on estime actuellement qu’environ un tiers des Français y détient un compte. Autant dire que tout le monde y est ou presque. Si pour les aînés, Facebook a fait figure de petite révolution, pour les jeunes il symbolise l’ère préhistorique d’Internet, la plate-forme existant déjà quand ils sont nés. Résultat : si les jeunes y demeurent inscrits de manière massive, ils en font un usage modéré.

Selon un sondage Ipsos de 2015, 78% des 13-19 ans ont un compte Facebook aujourd’hui contre 85 % en 2013. Les chiffres restent élevés, mais le repli est significatif de la place qu’occupe Facebook dans la vie des plus jeunes. Comme il est fréquent que le père, la mère, la grand-mère et même le prof principal y ont un compte, l’usage qu’en font les ados est soft : des photos convenues et des messages de moins en moins compromettants. Car les photos de soirées trop arrosées ou de selfies en bikini, c’est surtout sur Snapchat que ça se partage. La génération dite « millennial » fuit non seulement le regard inquisiteur des adultes, fussent-ils proches, et ont bien compris l’inconvénient d’avoir toute sa vie archivée sur Facebook. Alors, ils s’ouvrent un compte mais s’en servent surtout comme une sorte d’annuaire 2.0, comme une carte d’identité virtuelle et officielle. Avec le bon nom et le bon prénom. Toujours utile pour retrouver une vague connaissance ou être soi-même contacté.

Le service de messagerie de Facebook, Facebook Messenger, fonctionnalité récente du site, connaît un vrai succès auprès des jeunes qui sont près de 50% à l’utiliser. En complément d’autres messageries bien sûr. Les ados étant connectés à tout un tas de trucs en même temps !

Twitter : le monde en 140 caractères


Ce réseau de micro-blogging fête ses dix ans cette année. Une décennie couronnée par de belles performances :
 316 millions d’utilisateurs et 35 langues. Le principe ? Envoyer aux personnes qui vous suivent, ces fameux 
« followers » des messages, c’est-à-dire des tweets de 
140 caractères. Il est d’ailleurs question de rallonger considérablement la longueur de ces tweets. Ces messages sont la plupart du temps des commentaires de ce dont on parle à un instant T, des participations au « buzz », mais pas seulement.

Twitter, c’est aussi et surtout pour les ados la possibilité de suivre l’actualité de leurs people favoris qui ne cessent de twitter eux-mêmes leur existence. Un lieu où les people donc se mettent plus à nu que dans un best de Voici. Dans ce cas, les ados sont des utilisateurs passifs se contenant de retweeter, c’est-à-dire de réexpédier les messages, photos et vidéos qui les amusent. Enfin, celles et ceux qui ont une passion, comme la lecture ou le skate par exemple, peuvent participer à une communauté fédérée par un centre d’intérêt commun. Avec Twitter, les ados ne sont pas exclusifs. Trois fois plus nombreux aujourd’hui qu’il y a deux ans (25 % contre 8 %) sur Twitter, les ados ont aussi mis le cap sur d’autres réseaux !

Snapchat : la plate-forme où il faut être


En cinq ans, Snapchat est devenue une des plates-formes les plus fréquentées par les ados équipés d’un smartphone. Une fréquentation qui se fait la plupart du temps sous pseudo. Un jeune de 13 à 19 ans sur quatre déclare y avoir un compte. Le principe de cette appli est simple : envoyer des photos ou des vidéos à un ou plusieurs contacts de son choix. Ces images sont visibles pendant un temps très court, défini par l’expéditeur : entre une et dix secondes seulement. Une fois visionnées, elles s’autodétruisent.

Voilà ce qui fait kiffer les ados : pouvoir communiquer par images sans avoir à s’inquiéter des conséquences d’une image qui n’est pas à leur avantage. Ajoutez à cela la possibilité de customiser ses photos en appliquant des filtres ou en griffonnant dessus et vous comprenez tout le fun de l’appli. Mais ça, c’est en théorie. En réalité, il est possible de faire une capture d’écran d’un « snap » (image photo envoyée), c’est-à-dire « screener » une photo, mais l’expéditeur en est systématiquement informé. C’est mieux d’être au courant mais quand le mal est fait, il est fait ! Le mieux, c’est de ne partager ses photos et ses vidéos qu’avec des personnes de confiance. C’est que font déjà la plupart des ados qui plébiscitent aussi Snapchat pour ses règles de confidentialité basiques. En gros, chacun sélectionne qui a le droit de voir ou pas ses
« Snaps ». Il n’y a pas 36 paramètres comme sur Facebook. Si sur Snapchat, il est possible de s’y montrer sous toutes les coutures, il est aussi possible de suivre de nombreux people. Signe de cet engouement : Kim Kardashian, la femme la plus suivie de Twitter, vient de s’y mettre !

Au-delà du partage instantané d’images, il faut compter avec deux nouvelles fonctionnalités. « Story » permet de partager une compilation d’images et/ou de vidéos visionnables 24 heures et
« Discover » permet à de grands médias comme CNN ou National Geographic de partager des infos sous forme de vidéos spécialement conçues pour cette appli bien sûr et ce public. Un public d’ados plus féminin que masculin, et issu de familles plutôt aisées. Selon un think tank américain, Pew Research Center, les enfants issus de familles dont les revenus tournent autour de 30 000 dollars par an sont à 7 % sur Snapchat, alors que les ados de foyers percevant 100 000 dollars par an y sont à 15 %. L’explication ? Vivre dans un environnement fortuné permet de faire de plus belles photos, des photos qu’on partage du coup plus aisément !

Instagram : un vase clos


Cette plate-forme lancée en 2010 et rachetée en 2012 par Facebook compte 400 millions d’utilisateurs dans le monde et ne cesse de gagner du terrain. En France, elle compte parmi ses nombreux utilisateurs 14% des adolescents, contre 7% l’an passé. Comme Snapchat, elle permet 
de partager ses photos mais contrairement à Snapchat, les photos qu’elle accueille ont vocation à rester. Pas d’images prises sur le vif mais des photos nettement plus soignées auxquelles on peut appliquer des filtres. Sur Instagram,
 on partage avec un public choisi ses photos, un peu comme les anciens montraient… leurs albums photo.

Comme
 sur les autres réseaux sociaux, il est possible de suivre 
les autres, notamment les personnalités qui se montrent sous leur meilleur jour. On like, on commente et on peut partage le tout sur Twitter et Facebook. Instagram, c’est le monde en images.

Réseaux sociaux : l’Europe s’en mêle

Le Parlement européen a voté un projet de loi qui vise à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans. Le texte définitif devrait être adopté d’ici l’été.

L’usage des réseaux sociaux n’est pas légiféré en Europe. Chaque pays décide de son propre sort. En France, le consentement des parents est requis lorsqu’un site collecte la photo d’un mineur ou entend faire un usage commercial de ses données personnelles. Le Parlement européen veut aller plus loin en soumettant l’accès aux mineurs de moins de 16ans à certains sites à l’accord des parents. Tout service collectant le nom, le prénom, la date de naissance, l’adresse mail est concerné. Et les réseaux sociaux de Facebook à Instagram ne sont pas épargnés. But de l’opération: éviter aux adolescents d’être fichés par les grandes entreprises qui récoltent et instrumentalisent leurs données. Le texte définitif devrait être voté avant l’été. Reste que l’efficacité de cette future loi est encore à démontrer. Rien de plus facile en effet que de falsifier ses coordonnées pour ouvrir le sésame!

Kit de survie sur les réseaux sociaux

De nombreux symboles et acronymes qui ont vu le jour sur Twitter se sont invités sur Facebook et Instagram. Pour comprendre ce que vos enfants font, ouvrez le lexique !

– Tweet: message posté sur Twitter.

– Twittos : personnes inscrites sur Twitter.


– Follower: personne que vous suivez sur Twitter.

– Tweeter: action de poster un tweet.

– #RT: se place devant le tweet dont vous n’êtes pas l’auteur avant de le publier sur votre flux.

– #LRT: signifie Last Retweet ou retweet précédent. S’applique au retweet que vous souhaitez commenter.

– #TL: initiales de Time Line ou Tweet-List.

– Timeline signifie historique ou déroulé. Cela renvoie à l’ensemble des tweets des personnes que vous suivez. 


– #Trucmuche: le hashtag dièse se place devant les mots clés choisis pour parler d’un sujet. Ici Trucmuche.

– #FF: deux lettres pour Follow Friday. C’est la présentation le vendredi de vos tweets favoris de la semaine.

– @machin: l’arobase placée devant le nom ou la marque de quelqu’un dans votre tweet mentionne cet utilisateur. Cela crée un lien direct sur son profil et avertit la personne qu’elle a été mentionnée.

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Alexandra Da Rocha