Rosetta : l’eau de la Terre ne vient pas des comètes

Contrairement à ce qu'avançaient de nombreux scientifiques, l'eau de notre planète ne proviendrait pas des comètes. Des analyses effectuées par la sonde Rosetta révèlent qu'elle serait plutôt issue d'astéroïdes. Explications.

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Mission Rosetta - Après avoir disparu pendant un certain temps de la Terre, l'eau serait de nouveau apparue sur notre planète après le bombardement d'astéroïdes il y a 3,9 milliards d'années, estiment les chercheurs. ©ShutterStock

C’est l’une des premières grandes révélations de la mission Rosetta. D’après les mesures réalisées par la sonde en orbite autour de la comète Tchouri – où le robot Philae s’est récemment posé – l’eau de la Terre viendrait probablement d’astéroïdes ayant percuté la planète il y a 3,9 milliards d’années et non de noyaux cométaires, comme le pensaient les chercheurs.

Mission Rosetta : l’eau de Tchouri est très différente de celle de la Terre

Les scientifiques ont constaté que la signature atomique des molécules d’eau identifiées non loin de Tchouri n’avait pas grand-chose à voir avec celle des molécules présentes sur Terre.

Pour aboutir à cette conclusion, l’équipe d’experts a mesuré le ratio entre le deutérium, un isotope naturel de l’hydrogène, et l’hydrogène, qui forme l’eau avec l’oxygène. « Ce ratio de deutérium par rapport à l’hydrogène [présent dans les molécules d’eau de la comète] est probablement le plus élevé de tous les corps du système solaire », soit trois fois celui de l’eau sur notre planète, précise Kathrin Altwegg de l’Université de Berne (Suisse), principal auteur de ces travaux publiés le 10 décembre dans la revue américaine Science (AFP).

L’importance de ce ratio « signifie que la comète Tchourioumov s’est formée à très basse température, probablement au tout début du système solaire », analyse l’experte. C’est-à-dire il y a 4,6 milliards d’années. A contrario, le ratio deutérium/hydrogène de l’eau captée sur des astéroïdes est nettement plus faible et donc assez proche de celui de l’eau terrestre. En clair : l’eau de notre planète serait vraisemblablement plutôt issue d’astéroïdes que de comètes.

Un bombardement d’astéroïdes aurait permis la réapparition de l’eau sur Terre

Selon Francis Rocard, responsable du programme Rosetta au Centre national d’études spatiales (CNES), ce résultat « ne bouleverse pas les choses mais les rend un peu plus complexes qu’on ne le pensait, tout en renforçant l’hypothèse des astéroïdes » (AFP). En effet, le spécialiste explique que « le ratio deutérium/hydrogène de l’eau est variable d’une comète à l’autre, beaucoup plus, apparemment, que pour les astéroïdes et, pour le moment, on a du mal à s’y retrouver ».

Les auteurs de l’étude supposent que l’eau sur Terre a suivi un chemin bien particulier. L’eau sous forme gazeuse, qui provient des magmas volcaniques (peu de temps après la formation de la planète), aurait été soufflée par des chocs très importants avec d’autres objets, dont celui à l’origine de la Lune. Elle aurait donc disparu pendant un certain temps. Selon les chercheurs, de l’eau serait de nouveau apparue sur Terre après le bombardement d’astéroïdes il y a 3,9 milliards d’années. Mais ce ne sont, pour l’instant, que de simples hypothèses.

Le robot Philae ne reprendra sa mission qu’au printemps 2015

Rappelons, par ailleurs, que l’objectif de la mission Rosetta n’est pas seulement de fournir des informations sur l’origine de l’eau terrestre. Il s’agit surtout d’en savoir un peu plus sur la composition du noyau de la comète Tchouri. Sur ce point, il va falloir encore patienter puisque le robot Philae a arrêté ses recherches le 15 novembre. Il devrait se remettre au travail au printemps 2015, période à laquelle il pourra recharger ses batteries.

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Damien Rigat