Santé : l’incroyable rôle de la flore intestinale

Aussi appelée microbiote, la flore intestinale joue un rôle clé sur le fonctionnement de l’appareil digestif, mais pas seulement. En interaction avec le cerveau, elle est associée à de nouveaux enjeux de santé.

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Santé : l’incroyable rôle de la flore intestinale ©ShutterStock

La flore intestinale, qu’est-ce que c’est ?

Les professionnels de santé ont longtemps appelé « flore intestinale » l’ensemble des micro-organismes comme les bactéries, les champignons, les virus se situant dans la région intestinale. On parle aujourd’hui de microbiote intestinal, mais aussi de microbiote cutané, vaginal, buccal, pulmonaire… selon les régions du corps. Le microbiote intestinal est le plus important car il concentre 95 % des bactéries du corps humain. Chaque humain héberge la bagatelle de 800 à 1 000 espèces de bactéries uniquement dans ses selles. Un tiers d’entre elles sont communes à tous les êtres humains et deux tiers sont propres à chacun. Chacun de nous dispose donc d’une sorte de « code barre » bactérien unique et stable tout au long de sa vie. Le poids du microbiote intestinal représente de un à deux kilos par personne.

Qu’est-ce qui impacte la composition
 du microbiote ?

Le profil du microbiote intestinal dépend bien sûr du patrimoine génétique de chacun. Entrent en ligne de compte également l’alimentation (trop grasse et trop carnée, elle nuit à sa diversité) et les facteurs géographiques. Par exemple, le microbiote d’un bébé de 6 semaines vivant en Europe du Sud ne sera pas le même que celui d’un autre vivant en Europe du Nord. Car si les caractéristiques génétiques sont différentes, l’alimentation des mères qui allaitent l’est également. Autre élément impactant : l’âge. Le microbiote se développe en effet en trois phases : l’enfance, l’âge adulte et la vieillesse. Dès la naissance et les premiers contacts avec son environnement, le tube digestif du nouveau-né est envahi de micro- organismes extérieurs. Son microbiote se développe et se complexifie pour se stabiliser vers ses deux ou trois ans. Des micro-organismes essentiels pour le transit et
 la digestion, mais aussi pour le bon fonctionnement de son système immunitaire s’installent. De même, avec le vieillissement, certaines bonnes bactéries viennent 
à manquer tandis que d’autres, toxiques, sont en excès. 
À savoir : les antibiotiques altèrent sévèrement le microbiote et diminuent sa diversité.

Pourquoi est-ce un organe essentiel 
à la santé ?


Pendant longtemps, la médecine s’est attelée à combattre les microbes, considérés comme vecteurs de maladie et a cru que le système immunitaire avait pour unique fonction de défendre l’organisme des bactéries. Ce n’est que depuis une quinzaine d’années que les chercheurs savent que celles-ci jouent un rôle positif sur la santé en constituant une barrière difficile à franchir pour les agents pathogènes. Mieux, elles joueraient même un rôle fondamental dans le développement et la régulation du système immunitaire. Dans un premier temps, les chercheurs ont estimé que le microbiote intestinal participait à la bonne digestion. Aujourd’hui, l’amplitude de ses bienfaits est bien plus vaste : synthèse des vitamines B et K, production d’acides gras sources d’énergie, dégradation des toxines, protection contre la colonisation d’agents pathogènes, etc.

En cas de déséquilibre, qu’est-ce qu’on risque ?


Le déséquilibre du microbiote s’appelle la dysbiose. Il a été d’abord décrit comme facteur déclenchant et/ou aggravant dans les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) et a été depuis associé à de nombreuses autres pathologies comme le syndrome de l’intestin irritable (SII), l’allergie, l’obésité, les maladies métaboliques, le diabète de type 2 
ou encore certaines maladies neurologiques. Sans parler du stress, de l’anxiété, de la dépression, de l’autisme, et des maladies neuro-dégénératives. La dysbiose peut
 survenir à cause d’infections en tout genre, d’un changement brutal d’environnement ou d’alimentation, de traitements médicamenteux ou d’une fragilité immunitaire.

Pourquoi dit-on que le microbiote est notre deuxième cerveau ?


Le cerveau n’est pas seul siège des neurones. On en compte 200 millions dans l’intestin. Il y a, contrairement à que
l’on a cru pendant longtemps, une interaction permanente entre le système nerveux central et le tube digestif. L’intestin et le cerveau sont étroitement connectés, ce qui vaut à l’intestin l’appellation de deuxième cerveau. Le système nerveux central est, en effet, informé en temps réel de la nature de l’environnement du tube digestif et module en retour les fonctions gastro-intestinales. Les chercheurs ont relevé que chez les personnes souffrant de certaines maladies neuro-dégénératives comme la maladie de Parkinson, le microbiote intestinal était modifié. Reste à savoir quelles bactéries sont en excès chez un sujet malade. Concernant la sclérose en plaques et la maladie d’Alzheimer, des études sont en cours pour rechercher l’existence d’éventuelles dysbioses.

À quoi servent les probiotiques ?

Les probiotiques sont des bactéries vivantes, étrangères à l’organisme, qui vont, par leur présence, entraîner un certain nombre d’effets positifs. Ils empêchent 
la prolifération des germes indésirables. Ce sont principalement des bactéries ou des levures d’origine humaine, laitière ou végétales, présentes ou non dans le microbiote intestinal. Pour être efficaces, les microbiotes doivent bien sûr être tolérés par l’organisme, capables de résister à l’acidité gastrique et aux sels biliaires et adhérer à la muqueuse intestinale. Toutes les souches probiotiques n’ont pas les mêmes effets sur la santé. Ils dépendent aussi de leurs combinaisons et leur « effet dose ». Leur intérêt est reconnu dans la prévention ou le traitement des diarrhées associées à un traitement antibiotique, des diarrhées infectieuses aigües ou encore dans la prévention de certaines gastro-entérites et dans la prise en charge de nombreux troubles digestifs et du syndrome de l’intestin irritable. On trouve les probiotiques dans les produits laitiers fermentés et dans les compléments alimentaires. Pour ces derniers, se faire conseiller par un pharmacien ou un médecin.

Arrêter de fumer fait grossir : le microbiote en cause ?

Un fumeur qui arrête de fumer prend en moyenne cinq kilos dans les douze premiers mois. En cause ? Le manque de nicotine qui facilite le brûlage des calories et agit comme un coupe-faim laissant place au grignotage. Des chercheurs suisses ont montré que le microbiote intestinal pourrait jouer un rôle dans cette prise de poids. Car la composition du microbiote des personnes qui arrêtent de fumer se modifie et devient semblable à celui des personnes obèses ! Pour aller plus loin : probiotiques-sante.fr

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Alexandra Da Rocha