Top 10 des interdits en Corée du Nord

Menaces de frappes nucléaires, mise en garde des étrangers présents sur le territoire… La Corée du Nord sème la panique, intrigue. Kim Jong-un dirige son peuple à la baguette, à coups de propagande et de répression. Retour sur dix interdits.

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Lors de l'hommage national rendu à Kim Jong-il, les Nord-Coréens ont dû s'incliner devant le portrait de leur leader décédé et observer trois minutes de silence. - 25 décembre 2011 - Crédit photo : Zhang Li - Chine Nouvelle ©Sipa

Menace : « Signe, indice qui laisse prévoir quelque chose de dangereux, de nuisible » (Larousse). Kim Jung-un a fait de la menace son leitmotiv. Dans la nuit du 3 au 4 avril, le dirigeant nord-coréen annonce son intention d’ « écraser » le États-Unis par des frappes nucléaires, prétend qu’il est en mesure d’attaquer la Corée du sud et le Japon. Aujourd’hui, il met en garde les étrangers présents sur son sol.

Kim Jung-un inspire la crainte. Un sentiment renforcé par le mystère entretenu autour du pays qu’il dirige, dictature isolée du reste du monde. Que pensent vraiment les Nord-Coréens ? Impossible à savoir. Le peuple est annihilé, chacun de ses faits et gestes contrôlé, guidé par des lois liberticides. Petit aperçu, en 10 interdits :

1. Surfer sur internet, tu ne pourras pas

Les premières connexions à internet ont été observées en Corée du Nord en 2011, mais seuls quelques membres du régime et certains diplomates étrangers pourraient se connecter. « Pour quelques chanceux – qui ont obtenu une autorisation spéciale – le World Wide Web n’est qu’un intranet limité à une boîte de réception d’e-mails et quelques pages web relayant la propagande », assure à la revue Obsession Benjamin Ismaïl, responsable du bureau Asie-Pacifique chez Reporter sans frontière. 

La Corée du Nord a créé un site officiel du régime, Uriminzokki.com (« notre Corée »), dirigé par le Comité pour la réunification pacifique de la Corée, un département de la propagande. Une page Facebook (4 376 likes) a également été mise en place, ainsi qu’un compte Twitter (@uriminzok, plus de 18 200 abonnés). Quant au compte Flickr, il a été désactivé après le hack mené la semaine dernière par les pirates du groupe Anonymous.

> L’avatar du compte Twitter est toujours à l’effigie du groupe de hackers et le dernier tweet posté (7 avril) n’est a priori pas signé Kim Jong-un : « L’opération « Corée du Nord » est toujours en cours. Une nouvelle attaque sera prochainement lancée. »

VIDÉO – Pyongyang utilise YouTube pour diffuser ses vidéos de propagande (2010) :

2. Devant le portrait du leader, tu t’inclineras

Les élèves doivent s’incliner devant le portrait de Kim Jong-un tous les matins avant d’entrer en classe. Quotidiennement, ils récitent un serment de fidélité à leur dirigeant, lui jurant « fidélité jusqu’à la mort ». Toute la propagande nord-coréenne repose sur le culte de la personnalité. Le portrait du leader est partout, sur les façades des immeubles, dans les maisons… Il est représenté seul ou en compagnie de son père, Kim Jong-Il, et de son grand-père, Kim Il-Sung.

3. Abîmer un journal avec la photo du leader, tu t’interdiras

Dans Le Monde en stop, 5 années à l’école de la vie, Ludovic Hubler revient, entre autres, sur son périple en Corée du Nord. Avant la première visite, son guide – qui ne lâchera pas son groupe du séjour – liste les règles qu’un touriste se doit de respecter au sein du pays. Parmi elles : « Ne jamais abîmer ou déchirer le journal lorsque la photo du leader y apparaît. » Voilà pourquoi il est rare de voir un Nord-Coréen plier son quotidien pour le ranger dans son sac. Il note aussi qu’il est interdit d’imiter la posture du dirigeant ou de s’amuser devant l’une de ses statues.

4. D’une voiture, tu ne jouiras pas

Les touristes sont marqués par le calme, l’absence de circulation sur les routes nord-coréennes. Cette fluidité du trafic s’explique, entre autres, par le fait que les Nord-Coréens n’ont pas le droit de posséder une voiture. « Les seuls véhicules appartiennent à l’État. Les feux de signalisation n’existent pas » explique Antoine Dreyfus, un journaliste indépendant qui a pu infiltrer un voyage d’affaires en Corée du Nord, au début de l’année 2008.

5. Les radios du régime, exclusivement tu écouteras

« Il est de notoriété publique que les Nord-Coréens n’ont pas le droit d’écouter des radios autres que celle du régime et que les contrevenants risquent d’être enfermés dans des camps pour prisonniers politiques », raconte Claude Helper dans Corée du Nord, dénucléarisation et la succession de Kim Jong-un (L’Harmattan, 2010). Il précise, par ailleurs, que les écarts de conduites sont quasi impossibles car la plupart des habitants ne possèdent pas de récepteurs radio leur permettant de capter d’autres stations.

Côté télévision, même scénario. Le peuple ne peut visionner qu’une seule chaîne : la Télévision centrale de Corée (KCTV), lancée en 1963. Elle diffuse des programmes seulement cinq heures par jour et seule une partie des habitants la regarde (moins de la moitié). Là encore, la propagande est le seul maître à bord.

VIDÉO – Les dessins-animés servent eux aussi la propagande (© DR):

6. La Bible, tu ne liras pas

Depuis la création de la République populaire démocratique de Corée dans les années 40, les religions ont rapidement perdu de leur influence, le seul « dieu » honorable étant devenu le leader du régime communiste. Officiellement, la Corée du Nord respecte la liberté religieuse mais dans les faits, il s’agirait du pays où les chrétiens sont le plus persécutés au monde, assure l’association Portes ouvertes (ONG). Les Bibles y sont interdites. Lorsqu’ils sont démasqués, les chrétiens seraient envoyés dans des camps de travaux forcés et les responsables d’églises exécutés.

7. Quitter le pays, tu éviteras

Les Nord-Coréens n’ont pas le droit de quitter leur pays sans autorisation officielle. Néanmoins, certains étudiants peuvent suivre un cursus universitaire en Europe. Kim Jung-un lui-même a étudié à l’étranger. À la fin des années 90, il a intégré l’International School of Berne à Gümligen, dans le canton de Berne (Suisse).

8. La mort du leader, tu pleureras

Le 17 décembre 2011, Kim Jong-il s’éteint, la Corée du Nord pleure. Dans les médias, les images du peuple en larmes circulent, étonnent. Mais pourquoi s’attrister de la mort d’un dictateur ? Complètement coupés du monde, les Nord-Coréens vivent dans le brouillard, persuadés que leur leader est un homme bon. Leur chagrin n’est pas si surprenant. Ou peut-être ont-ils conscience qu’ils sont observés, épiés et qu’une bonne crise de larmes leur évitera des ennuis…

Selon le Daily NK, des officiels du gouvernement auraient menacé d’envoyer dans un camp de travail – pour une durée d’au moins six mois – toutes les personnes qui n’auraient pas assez pleuré « ou ne semblaient pas sincères » lors des différents événements organisés en la mémoire de Kim Jong-un, ainsi que tous ceux qui n’ont pas participé aux rassemblements.

Cent jours de deuil ont suivi le décès Kim Jong-Il, une période durant laquelle les habitants n’avaient pas le droit de consommer des boissons alcoolisées et de s’adonner à des activités sexuelles. Kim Chol, le vice-ministre des forces armées populaires de Corée du Nord, a contourné le règlement. Il a payé. Il a été exécuté pour avoir bu de l’alcool pendant le deuil de l’ancien leader.

VIDÉO – Une présentatrice annonce en pleurs la mort de Kim Jong-il (© DR) :



9. Les touristes, tu éviteras

De nombreux touristes et journalistes rapportent qu’il leur a été impossible de communiquer avec les habitants, leur séjour étant scrupuleusement contrôlé, orienté. « Nous n’avons eu aucun échange avec des Nord-Coréens qui n’ait été dûment approuvé par l’Etat et nous n’étions jamais très loin de nos deux surveillants » raconte Sophie Schmidt sur son blog, à la suite d’une visite réalisée avec son père (le patron de Google) en Corée du Nord.

10. T’habiller n’importe comment tu ne pourras pas (ou presque)

Jusqu’en 2010, les femmes n’étaient pas autorisées à porter des pantalons, sauf si elles travaillaient dans les champs ou dans une usine. « Si on était arrêtées, la police pouvait couper notre pantalon pour le transformer en jupe », raconte à ABC News (juillet 2012) Park Ye-kyong, une Nord-Coréenne réfugiée à Séoul.

Kim Jong-un a changé la donne en autorisant les femmes à revêtir un pantalon à l’occasion d’événements publics. Le dirigeant nord-coréen, adepte de la pop culture, a également autorisé le port de chaussures compensées et de boucles d’oreilles.

Bonus : Fumer de la marijuana, tu pourras

Les Nord-coréens fumeraient le pétard ? Oui oui. Si le régime interdit formellement la consommation et la commercialisation des drogues dures, il tolère la marijuana, la substance n’étant pas considérée comme une drogue

> Pour en savoir plus sur la Corée du Nord : dans Pyongyang, un roman graphique, Guy Delisle revient sur son expérience d’expatrié en terres nord-coréennes.

Lire aussi : Kim Jong-il, ses 4 étranges vérités

Cécile David