Un antibiotique à l’origine d’infections néonatales graves

Des chercheurs viennent de trouver l’explication au pic d’infections par le streptocoque B chez les nouveau-nés dans les années 60 : la résistance à un antibiotique largement utilisé à l’époque.

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800 bébés seraient infectés par le streptocoque B chaque année en France. ©ShutterStock

Pourquoi les infections par le streptocoque B ont-elles soudainement augmenté chez les nourrissons dans les années 60 ? Voilà plusieurs années que les chercheurs se penchent sur la question. Une étude, publiée lundi 4 août dans la revue scientifique Nature communications, apporte aujourd’hui l’explication.

L’infection à streptocoque B peut se transmettre de la mère au bébé lors de l’accouchement. Prise en charge tardivement, elle peut laisser de graves séquelles neurologiques à l’enfant, voire provoquer son décès (50 à 100 par an en France, pour 800 infections). Etonnamment, les médecins ont constaté un pic de ces infections au cours des années 60.

Le streptocoque B devenu antibiorésistant

Des chercheurs de l’Institut Pasteur et du CNRS ont tenté d’élucider ce mystère en passant au crible le génome de 230 souches datant des années 50 à aujourd’hui. Selon leurs observations, 9 souches sur 10 présentent une résistance à la tétracycline, un antibiotique largement utilisé jusque dans les années 80 pour prévenir ou soigner des infections.

« Son utilisation a provoqué un remplacement de la population des streptocoques par des souches plus virulentes et son impact continue de nos jours, alors même que la tétracycline n’est plus utilisée », souligne à l’AFP Philippe Glaser, le chercheur de l’Institut Pasteur qui a coordonné l’étude. En clair, certaines souches de streptocoque B ont muté pour résister à la tétracycline, devenant plus dangereuses. Le chercheur estime que ce phénomène « d’antibiorésistance » concerne probablement d’autres bactéries, et d’autres antibiotiques. 

Julie Toury