Un médicament contre la sclérose en plaques pour effacer la mémoire ?

Un médicament contre la sclérose en plaques pourrait-il également guérir les victimes de traumatismes et effacer les mauvais souvenirs ? C’est en tout cas l’un des bienfaits prétendus du fingolimod.

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La prise du fingolimod pourrait donc avoir des effets bénéfiques sur les patients ayant subi un évènement traumatique. ©ShutterStock

En 2004 déjà, Michel Gondry imaginait le scénario : la science pouvait guérir les maux et effacer les mauvais souvenirs. Electrodes, médicaments ou hypnose, plusieurs méthodes, fictives comme dans Eternal Sunshine of The Spotless Mind, ou réelles ont été envisagées pour résoudre cette énigme.

Des effets sur le long terme

Cette semaine, c’est la revue scientifique Nature Neuroscience qui relance le débat avec la publication des effets prétendus inhibiteurs du fingolimod (Gilenya), un médicament utilisé dans le traitement de la sclérose en plaques.

Selon des chercheurs de l’université de Virginia Commonwealth aux Etats-Unis, ce médicament agirait sur les enzymes histones déacétylsases, que l’on retrouve surtout dans les neurones, et plus spécifiquement celles de l’hippocampe, zone qui joue un rôle central dans l’apprentissage et la mémoire. La prise du fingolimod pourrait donc avoir des effets bénéfiques sur les patients ayant subi un évènement traumatique.

Pour confirmer leur hypothèse et tester sa réelle efficacité, les scientifiques ont mené des études sur des souris, qu’ils ont séparées en deux groupes : l’un a reçu un placebo, l’autre le traitement. Le premier groupe de cobayes semblait plus stressé que le second. Pour les chercheurs, le médicament traverse la barrière cérébrale et aide les animaux stressés à oublier le traumatisme. Un mécanisme qui pourrait être similaire dans le système nerveux central humain.

La question de l’éthique

Ce processus d’extinction de la peur n’est pas nouveau; des chercheurs américains avaient déjà réussi à dissiper l’angoisse chez des souris en éliminant la gaine entourant les neurones de l’amygdale et supprimer ainsi les mauvais souvenirs.

Pour autant, les auteurs de l’étude rappellent que ce médicament, le fingolimod (Gilenya), possède trop d’effets secondaires pour qu’il puisse être envisagé comme une solution aux traumatismes et aux troubles psychiques. Tout comme la thérapie par les électrochocs, qui montrait que le processus de stockage de la mémoire pouvait être altéré par l’électricité.

Les deux « méthodes », si elles ne sont pas des réponses, posent un fondement pour le développement de nouveaux traitements plus spécifiques. Mais la question d’effacer la mémoire va au-delà des effets secondaires, et touche également l’éthique comme le rappelait Hank Greely de l’université de Stanford en décembre dernier : « Qu’est-ce qui se passerait si nous effacions tous les souvenirs de l’Holocauste? Ça serait terrible ».

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Laurie Ferrère